Passionnantes discussions avec Richard Stallman et mes charmants camarades de table ronde samedi soir, dont l’écrivain et psychologue Boris Cyrulnik, Jean-Marc Borello, délégué général du Groupe SOS, ou Patrice Dallem, Directeur Urgences de la Croix-Rouge.
Ces rencontres m’ont permis de préciser le modèle de « plate-forme ouverte » que nous défendons pour Octopus comme dans le cadre de l’informatique conviviale :
Richard Stallman défend une position historique : les logiciels Open Source ont à peu près tous les attributs des Logiciels Libres, mais s’en détachent par les valeurs qu’ils défendent. Efficacité, Robustesse, Economie d’un côté, et Liberté (d’utiliser, de reproduire, de modifier), Egalité (pas de hiérarchie ou d’inégalités dans la communauté), Fraternité (d’échanger, de coopérer) de l’autre.
Il s’insurge donc contre les portions de code propriétaires (« privateurs » selon ses mots) qui sont de plus en plus distribués avec Linux. GNU promeut ainsi uniquement les versions totalement libres de GNU-Linux, et donc expurgées des drivers ou applications propriétaires.
Les valeurs du libre sont celles d’Octopus qui se définit avant tout comme une école d’informatique et de micro finance plus que comme un éditeur de logiciels. Nous allons donc probablement passer de la LGPL à la GPL si la communauté en est d’accord. Ceci aurait pour conséquence d’interdire l’utilisation d’Octopus dans un système non-libre, ce que nous imaginions possible pour de petits éditeurs du Sud, mais qui s’avère inutile voire dangereux dans les faits.
Mais le débat nous mène plus loin. Richard Stallman a créé le mouvement pour le logiciel libre, un code génétique qu’ont suivis des milliers de logiciels. Cet ADN a été enrichi pour permettre à différents modèles économiques de se développer : modèle de service à forte valeur ajoutée, modèle de licence double, modèle de maintenance à chaud …
Nous sommes aujourd’hui face à une nouvelle mutation du code génétique « Libre » : notre réflexion sur Octopus et l’informatique en entreprise nous amène à rechercher des moyens de proposer des systèmes aussi épanouissants à construire qu’à utiliser. Ces systèmes, il est aussi aisé de les utiliser que d’y contribuer.
Mais rien dans un logiciel libre ne garantit ces attributs, pourtant essentiels. Qui plus est, ces attributs « ouverts » s’étendent au-delà du logiciel lui-même – le contenant – de plus en plus souvent proposé en mode service, mais au contenu lui-même. N’est pas Wikipedia qui veut, et il n’y a aucun équivalent libre de LinkedIn, Flickr ou MySpace…
Sans les opposer, on peut donc parler de plates-formes ouvertes, dans lesquelles nous mettrons indistinctement YouTube, Wikipedia et plus modestement Octopus. Mais nous préfèrerons bien sûr les deux dernières, pour ce que leurs fondations sont libres au sens historique de la Free Software Fondation, donc en particulier ne créent pas de rapports inégalitaires au sein de leurs communauté d’utilisateurs et de contributeurs, ce qui n’est pas garanti chez Google ou LinkedIn, malgré toute la pertinence de leurs services actuels.